Paysages d'Intérieur

En Mars et Avril 2020, on ne pouvait que rêver de partir. L'horizon offert par la fenêtre, le balcon voire le jardin était notre limite, une frontière qu'il nous était interdit de franchir. Dès lors l'imagination a eu besoin de se mettre en ordre de marche pour tenter d'aller au loin, au-delà de ce que l'on voit tous les jours. Avec peu de moyens (du papier, de la colle, de la poudre de graphite) j'ai fabriqué ce que j'ai d'abord assimilé à des épidermes. Plis, creux et bosses, sillons et cassures m'ont tout de suite renvoyé à l'idée du paysage. La photographie est alors intervenue avec ce qu'elle autorise comme illusions et traîtrises : sans échelle le petit devient grand, le centimètre kilomètre. Je pouvais m'approcher, m'éloigner, survoler ces "paysages d'intérieur" dans lesquels la frontière entre réel et imaginaire, vrai et faux, est quelque peu brouillée. Il suffisait de bouger de quelques centimètres pour découvrir d'autres possibles. Les ressources de la mise au point et de la profondeur de champ ont fait le reste : vallées, sommets, parois et rochers apparaîssaient.
Je me suis donc retrouvé devant ces images de reliefs, de paysages qui jouaient dans ma tête comme un substitut à mon immobilité involontaire. La montagne, frontière naturelle fréquente, ou la carte de géographie y sont fortement suggérées. Tellement que quelque temps après j'ai ajouté sur certaines d'entre elles des courbes de niveau qui orientent encore davantage le regard et apportent un contrepoint graphique aux images. Elles appellent à de nouvelles découvertes. De l'autre côté...